Les herbes sacrées au Centre Wampum

Notions de spiritualité amérindienne

Text Box: Pour en arriver à diriger un cercle de guérison, on doit entreprendre tout un cheminement. Il nous faut un aîné qui nous dirige pendant des années pour en arriver à notre tour à pouvoir animer un cercle de guérison.

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Centre Wampum

Pour une alliance nouvelle entre Autochtones et non-Autochtones..

 

2001 Boul. St-Laurent

Montréal Québec

H2X 2T3

LE CERCLE DE GUÉRISON  
(propos recueillis par Roger Bélisle, du Centre Ixtus de l'Université du Québec à Montréal, auprès de Marie-Laure Simon)  

(Nous sommes reconnaissants envers madame Marie-Laure Simon d'avoir remplacé à pied levé la personne qui devait traiter ce sujet. Elle a d'ailleurs su relever avec brio le défi au jeudi 15 février 2001.)   
  
Si nous jetons un coup d'oeil sur la spiritualité en général, nous faisons le constat qu'il existe une spiritualité individuelle et une autre qui est collective. Le cercle de guérison entre dans la partie collective.   

Bien que la personne-ressource n'ait pas encore suivi toutes les étapes nécessaires l'habilitant à diriger un cercle de guérison, elle peut néanmoins en parler pour en avoir suivi plusieurs. Pour en arriver à diriger un cercle de guérison, on doit entreprendre tout un cheminement. Il nous faut un aîné qui nous dirige pendant des années pour en arriver à notre tour à pouvoir animer un cercle de guérison.  
Au début   

Les Amérindiens conservent toujours une souffrance en dedans d'eux-mêmes, celle de n'avoir pu partager la culture et la spiritualité qui leur étaient propres. Ça a toujours creusé une plaie entre nous. Nous sommes presque obligés de céder notre identité pour être au niveau des Européens qui sont arrivés au pays. Forcément, ça ne nous convient pas, car on ne fait pas d'un Amérindien un Allochtone1. C'est ce qui a été le plus dur pour nous : abandonner notre identité. Heureusement, nos yeux se sont ouverts de même que notre bouche pour en arriver à dire qui nous sommes.   

Moi, j'ai toujours cherché dans mon coeur les liens; c'est ça qui m'a retenue aux Allochtones, des liens qui pouvaient me rallier. Je priais dans les quatre directions; l'est, c'est la couleur jaune; le sud, c'est la couleur rouge, celle de ma race; l'ouest, c'est la couleur noire et le nord, c'est la race blanche des Allochtones, les Blancs.   

Aujourd'hui je parle de la spiritualité autochtone pour créer des liens et la faire connaître aux personnes qui ne la connaissent pas. C'est par la prière individuelle qui fait qu'on va s'en sortir; et la prière individuelle, c'est la fumée. Moi, quand j'entre dans mon bureau, j'allume les éléments de la nature dans un coquillage : du tabac, du cèdre, de la sauge et du « sweet grass », c'est-à-dire, du foin d'odeur. Je me purifie et je demande au Créateur de me garder durant le jour. Cette prière individuelle, ça fait du bien, parce qu'on se sent purifié. Cette demande est formulée pour avoir l'audace de marcher avec les Allochtones, en lien de paix avec eux. C'est le Grand Jubilé sous le thème de la grande paix.   

Mais ce n'est qu'au début des années soixante que le mouvement de revitalisation de notre identité est apparu. Nos yeux se sont ouverts. C'est là que la femme a commencé à revendiquer son statut parce que nous, quand on mariait un Blanc, on perdait notre statut, on devenait Blanc. On a dit : «Non!» En étant en lien avec les Allochtones, on veut garder notre identité, être reconnu comme tel.    

Nous avons connu un marasme sans précédent, et de la part du gouvernement et de la part de l'Église. On a compris à ce moment-là que c'était à l'intérieur de soi qu'on pouvait aller chercher quelque chose qui nous unirait à notre Grand Créateur. Là, on a commencé à comprendre que notre identité pouvait revenir. Puis on savait aussi que c'était dans notre identité qu'on pouvait aller chercher toutes les énergies nécessaires à notre survie. Car on était en train de nous éteindre malgré que l’on voulait survivre. Notre peuple a traversé deux cent soixante-dix ans de survie, de recherche. Depuis lors, on observe un peu partout une reprise publique de nos rites religieux. Avant, on n'osait prier publiquement, on se retirait du public. Mais depuis 1960, on n'a plus peur d'exprimer notre foi en public, de montrer que sans être catholiques, on garde une profonde relation avec tout ce qui a été enseigné. On le fait malgré les événements ou institutions qui nous ont fait mal, l'école notamment. Quand la révolte montait en nous, c'est là qu'on est retourné vers nos traditions, nos rites, nos cérémonies autochtones. Parce que dans une cérémonie, le Grand Créateur est toujours là; Il nous protège, nous guide et nous garde. Quand vous priez le matin au lever du soleil, vous lui demandez de vous aider à suivre le chemin qu'il nous donne à parcourir aujourd'hui et vous le remerciez pour cette journée nouvelle qu'Il nous donne. Chaque matin est un jour nouveau.  

C'est comme ça qu'on retrouve notre identité sans trop de meurtrissures malgré cette profonde plaie qui existe encore dans les individus. On essaye tous ensemble. C'est là que la prière collective fera beaucoup de bien. C'est dans cette prière commune que l'on va essayer de vivre en paix d'abord avec le Créateur et ensuite, avec les autres qui nous entourent.   

D'après nous, il n'y a pas de paix sans guérison.   

Le mot réconciliation n'est pas assez profond pour moi. Pas de guérison sans justice. Si on retrouvait une justice dans le monde, la paix viendrait. La guérison intérieure n'est pas si facile que ça. Car guérir, être en paix, c'est long!   
Pourtant, c'est en train de s'opérer. On a moins peur de manifester notre croyance extérieure. C'est beau d'avoir une vraie vie intérieure. Mais quand on la manifeste extérieurement, ça peut créer des liens et faire du bien aux autres, en même temps qu'on peut se faire connaître aussi.   

Pour obtenir une vraie guérison, nous orientons nos demandes et nos besoins intérieurs vers le Créateur au moyen de la louange adressée à Lui. Le moyen d'aller vers Lui, c'est d'abord à partir des prières individuelles, les louanges à la Création, l'offrande de la fumée (gestes qui peuvent se faire seul) ; ensuite, on se purifie à l'intérieur de nos demeures.  Dans les quatre directions, on prie d'abord pour les autres, pour les couleurs ; ensuite, on prie pour soi-même. C'est de là que vient le grand besoin de la prière collective. On y retrouve le cercle sacré, le jeûne; très sévère (une purification d'une durée de quatre jours sans boire ni manger) durant laquelle on demande au Créateur de le faire avec nous. On demande aussi un supporteur, quelqu'un en dehors du jeûne qui prie pour nous, qui demande que l'on puisse passer au travers. On s'en va dans la forêt y construire notre « hogan »2 seul, fait de branches de saule recouvertes d'une toile. L'équipement : sac de couchage et tissus de toutes les couleurs : jaune, rouge, noir et blanc. Deux mètres de tissu. Après le jeûne, on l'attache à l'arbre pour affirmer comme le dit le proverbe amérindien:  « Tu reviens toujours d'où tu sors. » Si on retourne là plus tard, on y retrouvera notre « hogan » ainsi que les tissus attachés à l'arbre. Ensuite, il y a le cercle de guérison.  
  
Le cercle de guérison  
C'est lui qui favorise le plus profondément une guérison intérieure parce qu'il peut se répéter toutes les semaines. Il existe au Centre d'Amitié Autochtone3 un cercle de guérison tous les mercredis soirs. On demande d'y être assidu. Son importance vient du fait qu'il permet la ritualisation de la parole. On partage ce qui nous fait. Un objet est placé au centre : soit une plume, un bâton ou une roche; cet objet devient sacré par le seul fait d'être placé au milieu du cercle de guérison. Même les paroles deviennent sacrées. Il est recommandé de
ne pas constituer un groupe trop nombreux; l'idéal est une quinzaine de personnes. À tour de rôle, la première personne à parler, va aller chercher l'objet déposé. Elle parle et les autres écoutent sans jamais l'interrompre. Tant qu'elle garde l'objet entre ses mains, elle peut parler. Si parfois, cette personne éprouve des émotions très fortes, on ne la touche pas ni ne la console. Mais on lui envoie toute notre énergie par des prières individuelles pour qu'elle puisse continuer ce qu'elle a à dire, ce qui lui fait mal. Dans le cercle de guérison, les paroles de tout le monde deviennent sacrées. Pourquoi ? Dès qu'on en sort, la stricte confidentialité est requise pour ne pas révéler quoi que ce soit qui s'est passé dans ce cercle. D'où l'importance pour les personnes qui l'animent de veiller à observer et faire observer les règles à suivre.  

Pourquoi cette confidentialité? Parce que la personne s'exprime sur ses relations personnelles. Elle a vécu des problèmes de drogue, d'alcool, de dépendance affective ou encore face aux agressions sexuelles ou à la violence subie actuellement et dans le passé. Ordinairement, au cercle, ce sont des blessures du passé qu'elles confient, ce qu'elles n'ont pu faire disparaître. Voilà pourquoi ces gens viennent au cercle pour dire tout ce qui leur fait mal. On y entend des sanglots et des pleurs qu'on accueille silencieusement, demeurant présent à cette personne pour lui envoyer l'énergie qui favorisera la poursuite du partage de son vécu.  La ferveur et la compréhension des autres contribuent à la guérison en permettant de sortir tout ce qui fait mal. Voilà pourquoi on appelle cela un cercle de guérison, car ça guérit vraiment. Combien de temps prendra cette guérison ? Seul le Créateur le sait. Ca dépend de la profondeur de la blessure, de la sensibilité de la personne, de ses émotions, de son caractère. Chose certaine, on arrive à une guérison peu importe le nombre d'années que l’on y consacre... Du moment qu'on vient chercher la force intérieure dans un cercle où on peut s'y fier comme être libéré. En sortant de là, on a la paix, mais ce n'est pas dit qu'on l'a pour toujours. La blessure peut se réouvrir à la faveur des événements de la vie et apporter la tristesse. Voilà pourquoi le cercle de guérison est continu; on vient et on y revient. Dans les cas où on a toujours les mêmes choses à dire, on en reparle puisque ça veut dire que ça n’a pas été liquidé profondément. Quelqu’un partage-t-il au sujet de la violence qu’il a subie, une attaque sexuelle, on en parle comme si c’est cela qui nous fait mal. Des personnes sont guéries au contact du groupe.  Quand on a l'énergie de quatorze personnes à côté de nous, ça fait réellement du bien. On y vit des moments de silence et le rituel se termine par des chants sacrés suivis du son du tambour. Le tambour évoque les battements du coeur, aussi cherchons-nous à le battre au rythme de nos propres battements du coeur. Si l'on sent que certains éprouvent encore de la souffrance, on bat le tambour à notre rythme.   

Le cercle de guérison pourrait s'appeler le suivi de guérison; on n'en fait pas un dans notre vie pour s'en débarrasser. C'est un suivi. C'est comme une médecine; c’en est une réellement. Notre assiduité au cercle conduit à des gestes de réconciliation. J'en ai vu plusieurs.   

Si vous voulez assister à un cercle de guérison, on peut y aller plus d'une fois. Les guérisons profondes sont longues. Cela permet de créer des liens, poser des gestes de partage.   

QUESTIONS:   

Ça peut durer trois heures.   

Si la deuxième personne n'est pas prête, elle prend la plume et la passe à sa voisine. On n'insiste pas. Si elle fréquente assidûment le cercle, elle parlera bien quand elle sera prête. Le fait de se sentir détendu, de ressentir un certain bien-être favorise l'expression personnelle.   

Est-ce une thérapie de groupe ? L'objet sacré joue peut-être un rôle de thérapeute (psychiatre, psychologue) ?   

L'objet sacré nous met en lien avec le Créateur qui s'avère le seul psychologue. C'est lui, car ça fait du bien de s'adresser à lui. Ce n'est pas une thérapie de groupe, car les participants parlent dans leur langue: anglais ou dialecte d'origine.   

Gustavo, un participant, fait remarquer que ça se rapproche davantage de la confession, comme chez les catholiques au sens que, du moment que l'on considère quelque chose de sacré, ça change absolument tout. Quand on ne croit pas, on n'établit pas le rapport de la même façon.  
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1. allochtone : dont les ancêtres ne sont pas originaires du pays où il habite.  
2. hogan : hutte.  
3.  Centre d’Amitié Autochtone : 2001, boul. St-Laurent, Montréal, Qc  H2X 2T3, Tél : (514) 499-1854.